Xavier Walter pose une question à Confucius
Xavier Walter put a question to Confucius.
The French author who worked in his younger years with Alain Peyrefitte, as the
latter wrote his books on the historic mission of British Ambassador McCartney to
the Court of the Chinese Emperor in the year 1792 . Xavier Walter continues his
exploratuions of the Chinese universe. He authored recently Pekin Terminus,
en chemin de fer jusqu'en Chine a la veille de 1914, and Le voyage de l' Hippopotame
jusqu'en Chine au temps de Louis XVI
…… et encore un livre précisément sur la suite de l'aventure de Matteo Ricci :
La troisième mort des missions de Chine 1773-1838. (tous avec l'éditeur François
Xavier de Guibert). Si le dernier titre peut nous procurer de la tristesse, voilà
que récemment il enchaine avec un autre livre sous le titre surprenant :
Confucius attendait-il Jésus-Christ ? Nous avons eu l'honneur de contribuer à cet ouvrage par
une préface dont le texte se trouve ci-après.
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Un appel du vide
Préambule "en creux"
Pourquoi un préambule "en creux" ? Parce que Xavier Walter s'autorise des classiques
chinois, quand je parle seulement en observateur, imparfait, mais assidu depuis quelques
décennies, de la vie chinoise. Lui part de la valeur sûre du confucéisme qui peut,
dans une même personne, coexister en pleine harmonie avec le christianisme,
évoque une Chine à l'enviable richesse en régénération et le fait avec confiance.
Moi, je pars de la constatation d'un vide certain dans la vie quotidienne des Chinois.
Ce vide, je le vois hérité du poids des pseudo-confucéismes qui, au fil des siècles,
ont asservi ce peuple au lieu de l'émanciper, et de la destruction de la confiance
mutuelle, effet - y compris au sein des familles - de la Révolution Culturelle,
qu'entretient aujourd'hui la "gloire de devenir riche". D'un côté, donc,
chez Xavier Walter, nombre de fortes raisons de croire en une revitalisation
du confucéisme authentique et, de l'autre, ma vision, plus terre-à-terre,
partant un peu plus sombre, née du vide constaté. Cependant,
pour une action éventuelle - qu'elle s'autorise de la richesse
ou réponde à un appel du vide -, nos démarches concordent dans leur
finalité, visent l'heureux même but, le retour de Kong Fuzi.
La Chine n'a-t-elle pas le droit de recouvrer son héritage culturel et moral si riche ?
Si, bien sûr ! Mais comme l'a dit Goethe "ce que tu as eu en héritage, il faut encore
te l'approprier". L'avertissement s'adressait à nous autres Européens, et le Ciel
sait à quel degré nous sommes en faute ! Qu'en est-il en Chine, aujourd'hui ?
Comme autrefois de courageux mandarins, en vrais junzi, (l'"honnête homme"
confucéen) prenaient de grands risques pour alerter l'Empereur -, des avocats,
des journalistes, des particuliers cherchent à défendre le petit Chinois à qui
l'on vole sa maison dans les hutong de Pékin, sa terre dans les campagnes.
On trouve ces junzi modernes dans le gouvernement, dans la direction
des entreprises, dans la vie culturelle, dans les quartiers - et évidemment,
dans les prisons.
Si le confucéisme est vraiment ancré dans l'âme chinoise, je le vois en léthargie.
Son réveil pour moi ne viendra pas d'un appel d'en haut, mais plutôt d'un large
besoin d'en bas. Quand ? Le peuple chinois est profondément désabusé sous l'effet
des fausses doctrines hier et de la corruption aujourd'hui. Un vide spirituel
et culturel certain accompagne le bien-être matériel en croissance. Un réveil
large et profond n'est pas facile à déceler dans la vie de chaque jour. Tant
s'en faut. Si Maître Kong accorde grand prix à l'autorité des pères, et inculque
aux fils le respect de leurs parents, la Chine d'aujourd'hui se trouve sous
la dictature d'enfants uniques qui tyrannisent leurs deux parents et leurs
quatre grands-parents pour recevoir les cadeaux que la publicité commerciale
impose. Beaucoup de parents semblent avoir abdiqué. Pas de surprise si
plus tard ces parents déçus prennent un petit chien, lui donnent un nom comme
"Trésor" et lui apprennent à saluer leurs amis…
La Chine connaît une idolâtrie générale de la nouveauté, est sujette à une mégalomanie
de mauvais goût, se pliant à une imitation servile des villes modernes d'Europe
et d'Amérique. Ces pulsions s'accompagnent d'un rejet des traditions chinoises.
Les rappels pontifiants des te se, les "caractéristiques chinoises", par
les hommes du pouvoir sont souvent un faux rituel… Parfois, l'observateur pense
que la Chine est en train de perdre son âme. Y concourt la destruction des villes.
Voyez le cœur de Pékin où tant de vieilles résidences traditionnelles - les
siheyuanr(i),
cet héritage exceptionnel - ont été et sont encore, par pans entiers, détruites
sans l'ombre d'un scrupule. Folie des vaines grandeurs ! Les Jeux Olympiques
nous donneront peut-être à voir si le pays sait aussi résister à la tentation
du nationalisme. Confucius et nationalisme ne vont pas ensemble.
Pour toutes ces raisons, un renouveau confucéen me semble nécessaire à la Chine.
L'exigent en outre les contraintes d'une économie moderne. Une économie moderne,
avec ses structures techniques, ses nuées d'intermédiaires et l'éventail des
responsabilités, commande que le climat de méfiance cède la place à un climat
de confiance et de coopération. Or, le climat en Chine est encore à la méfiance
mutuelle. Outre les pseudo-confucéens et les violences récentes, des dizaines
de générations chinoises ont été élevées dans l'esprit du roman Les Trois Royaumes
que domine la figure de Cao Cao, prince de toutes les trahisons. Trop d'agents
économiques croient encore que complots et trahisons sont toujours nécessaires !
Alain Peyrefitte, grand connaisseur aussi de la Chine, voyait dans la confiance
l'indispensable pierre angulaire des sociétés modernes. La Chine ne saurait
échapper à cette exigence.
Par son analyse, Xavier Walter rend tout à fait recevables les mérites du confucéisme.
En outre, il montre avec finesse la compatibilité intime de la doctrine de Kong Fuzi
avec le christianisme. Partant du vide et des nécessités modernes, suivant une autre
route que lui, j'arrive à la même conclusion et nous nous rejoignons dans l'action.
Comment ? Nous pouvons, avec Kong Fuzi, attendre que se manifeste la Volonté du Ciel,
et prier. Mais pourquoi, en plus, ne pas offrir aussi à la Chine, avec respect et
modestie, un tribut autrement nécessaire et qui serait sans aucun doute mieux reçu
que les horloges et les instruments d'astronomie que Matteo Ricci et l'ambassadeur
Macartney ont pu lui apporter lors de leurs missions respectives ? Xavier Walter
le fait avec son livre ; je songe, moi, à la doctrine sociale de l'Église.
J'ai rencontré à Hongkong un groupe de Chinois de tradition bouddhiste
qui - tout en restant bouddhistes - se réunissaient pour étudier
la doctrine sociale de l'Église catholique, parce que, disaient-ils,
ils la jugeaient la plus parfaite qu'on eût jamais trouvée. Cet avis
augure bien de l'accueil par la Chine d'une doctrine qui pourrait
répondre à un des vœux secrets de Maître Kong. La Chine en tirerait
le grand avantage, d'abord, de vaincre son climat de méfiance.
Ce don, ensuite, préparerait un retour de Kong Fuzi et (pourquoi pas ?)
ouvrirait la voie à la Parole du Christ en Chine, dès lors que l'aura
permis le Ciel à l'écoute duquel Maître Kong Fuzi demeurait si fidèlement.
De bonnes initiatives dans ce sens sont déjà en cours. Des institutions comme
Justitia et Pax et ACTON Institute ont offert des traductions du "Compendium de
la Doctrine Sociale" - toute la doctrine sociale de l'Église catholique en un
volume - et, pour ACTON Institute, "L'Agenda Social"(ii) - en diverses langues asiatiques.
Le peuple chinois demeure assez désabusé et plutôt méfiant. Mais pas mal de Chinois
restent, comme Kong Fuzi et avec lui, "à l'écoute" du Ciel. Récemment, à la télévision
de Shanghai, une série d'émissions sur le Lunyu, "Les Entretiens de Confucius",
base de l'enseignement du Maître, a connu un grand succès. Alors par la "voie creuse",
l'appel du vide et considérant les besoins inhérents à une société moderne,
je peux rejoindre l'espérance que cultive Xavier Walter et le remercier pour
son entreprise courageuse et son admirable livre.
Anton Smitsendonk
Ancien Ambassadeur
des Pays Bas en Chine
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i Siheyuan : au moins quatre pavillons
autour d'une cour carrée. Le pavillon au
Nord est le principal, celui du maitre qui y reçoit les hôtes. Les pavillons
du Sud sont pour le personnel. Le tout est ordonné selon l'axe nord-sud,
comme la Cite Interdite - siheyuanr suprême et modèle pour tous les siheyuanr- où
l'Empereur regarde le Sud, sa tête en alignement avec l'Étoile polaire,
seul point immobile dans le ciel, comme lui-même est le centre immobile
autour duquel gravitent tous les pouvoirs.
ii Acton Institute, RP. Robert A Sirico et RP. Maciej Zieba, O.P. éditeurs.
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