Evêques des deux
côtés de l'Atlantique sur l'immigration
Dans une récente déclaration les
évêques français disent sur
l’immigration
« ..Nous nous sommes habitués à la libre
circulation de l’argent, des marchandises, des
informations, mais nous sommes plus réticents face
à la liberté de circulation des personnes.
Peut-on à la fois pratiquer la liberté du commerce,
tout en barrant la route aux immigrés ou en les renvoyant
chez eux ?
C’est dans ce cadre général qu’il faut
réfléchir la question de l’immigration.
»
On peut pourtant remarquer que la circulation des marchandises
est tout à fait différente de la circulation des
personnes. Ces deux circulations ne doivent pas
nécessairement obéir aux mêmes
règles.
Actuellement on parle en OMC d’un marche libre des services
«services » mais par cela on entend promouvoir la
circulation de services ponctuels et temporaires sans impliquer
une immigration permanente.
On ne voit pas sur quoi se base la déclaration en disant
que marchandises et personnes devraient obéir aux
mêmes libertés et contraintes. On n’invoque
aucun texte de la Bible.
On invoque très faiblement « nous sommes
habitués…. etcetera…. » et «
nous sommes réticents …etcetera » Cela ne
semble guère suffisant.
On trouve – c’est vrai- l’idée
d’un imperatif de libre circulation de marchandises et de
personnes auprès des auteurs libéraux comme Pascal
Salin (1). Est-ce que les
évêques se seraient soudainement convertis a ce
libéralisme des marchés tant pour les marchandises
que pour les personnes ?
Plus loin ils disent :
« ….Pour les chrétiens, l’accueil des
migrants est signe de l’importance attachée à
la fraternité. Le sujet est difficile et nous savons
l’extrême sensibilité de nos concitoyens en ce
domaine. Comment pourrions-nous nier les problèmes ?...
»
Ici on serait tenté de dire que telle fraternité
pourrait avec plus d’efficacité s’effectuer
aussi dans d’autres manières, par exemple par
l’aide au développement, par le soutien au
changement des régimes d’investissement sur place ,
par l’accueil de refugés dans les zones mêmes
d’origine, et – cas limite -si nécessaire par
l’OTAN dans le cas ou des régimes causent des
conflits qui provoquent le désordre et
l’émigration.
Il peut être intéressant de faire une comparaison
avec une déclaration récente venant des
évêques américaines.
Eux aussi ont trouvé l’occasion de protester, dans
leur cas contre l’initiative d’ériger un mur
au long des frontières avec le Mexique.
La aussi on trouve quelques faiblesses dans
l’argumentation. Par exemple les évêques
américains disent que l’érection d’un
mur forcerait les Mexicains qui voudraient tenter
d’immigrer illégalement aux Etats-Unis a chercher
des pistes encore plus dangereux que par le passé. Cela
pourrait amèner a l’augmentation des accidents
mortels.
Ils ne donnent pourtant aucune indication en quoi ces pistes
pourraient consister. Un mur complet (si le projet est jamais
implémenté) serait pourtant une solution assez
définitive. Envisagent-ils des échappements
dangereux par la mer ?
Autre remarque : les évêques américains
pensent que le mur serait un signal négatif pour le
Mexique et pour l’opinion internationale.
Pour le Mexique ? Il serait pourtant un avertissement utile au
régime mexicain pour finalement mettre l’ordre dans
sa maison.
Et pour l’opinion internationale ? Les européens que
nous connaissons ne le pensent pas. L’idée
d’un mur est lamentable, mais cette idée devait
surgir a cause d’une lamentable manque de volonté
dans le Congres Américain pour faire une réelle
réforme de la politique migratoire.
Ce qui est pourtant intéressant dans le texte des
évêques américains est la phrase suivante
:
« Nous sommes fermement de l’opinion que le
développement de justes politiques économiques et
de commerce internationale aptes a créer des emplois dans
les pays d’origine donnerait aux populations la
possibilité de rester chez eux dans leur propre pays et de
pourvoir aux besoins d’eux-mêmes et de leurs familles
»
C’est cette référence au régime
économique et commercial dans les pays en voie de
développement (le Mexique) et international (par exemple
dans le contexte de l’OMC ou la ronde de négociation
« DOHA » est en difficulté) qui donne une
perspective internationale a la déclaration des
évêques américains. Cette perspective
d’action internationale manque dans le texte des
évêques français. Ces derniers restent
à une appel moraliste a leurs compatriotes de
l’Hexagone. Mais a part l’invitation de faire des
sacrifice, on pourrait inviter ses compatriotes a des utiles
actions internationales.
Les deux exemples montrent à quel degré il est
difficile pour des évêques de dire des choses justes
dans ce domaine complexe. Parfois ils sont entourés par
des ONG pour qui l’invitation aux sacrifices vient plus
facilement que l’invitation a la fermeté
d’action.
On se rejouit a voir les éveques des deux cotés de
l’Atlantique se prononcer sur les choix politiques, surtout
quand s’approchent des elections. On veut seulement les
épauler pour assurer une information plus complete.
Anton Smitsendonk
Note 1 = On voit une
notion similaire exprimée dans une interview avec le Haut
Commissair pour les Refugies des Nations Unies Monsieur Guterres.
Il parle (avec Mad Catherine Smibert de la Zenit agence 23
november 2006) de " globalisation isometrique " (isometrie entre
circulation de marchandises de capital et de personnes) sans nous
expliquer. Cette notion a tout pour semer la confusion. Sur tout
le domaine de la circulation des personnes et de la demographie
(le fameux Bureau des Populations) nous avons appris a regarder
les Nations Unies avec circonspection sinon avec de graves
suspicions.
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